Publié le : 8/06/26 3:54 PM
C’est la toile de fond des travaux de sensibilisation et de vulgarisation des Recettes non fiscales (RNF), visant à renforcer les capacités des administrations sectorielles pour une meilleure gestion et un suivi accru desdites recettes, avec une anticipation des performances attendues dans le cadre de la Loi de Finances 2026. L’objectif est de transformer ces ressources souvent sous-exploitées en un levier majeur pour le financement de l’État, face à l’érosion des recettes traditionnelles.
Il faut dire dès l’entame que, l’organisation de cette séance de travail annoncée dans les 10 régions, témoigne d’une préoccupation majeure : le défi de la collecte effective des recettes non fiscales. C’est dans cette optique que, la Division de la Préparation du Budget (DPB) relevant de la Direction Générale du Budget (DGB) a organisé un séminaire, dans un premier temps, à Mbankomo le 3 juin 2026, sous la coordination du gouverneur de la région du Centre, Naseri Paul Bea, et le 05 juin à Ebolowa dans la région du Sud sous la coordination du gouverneur de la région Félix Nguele Nguele. Cette rencontre s’inscrit dans une démarche qui entend consolider les moyens de financement de l’État en optimisant la mobilisation de ces recettes spécifiques, conformément aux projections établies dans le projet de loi de finances pour l’année 2026.
Les prévisions pour 2026 s’annoncent ambitieuses, avec un objectif de 400 milliards de FCFA, incluant 18 milliards issus de nouvelles mesures législatives. Cependant, les chiffres de 2024 et les données partielles d’octobre 2025 révèlent un écart préoccupant. Ces années ont vu des recettes collectées bien en deçà des attentes (respectivement 30 milliards et 20 milliards FCFA) témoignant de lacunes structurelles qui freinent leur plein potentiel. Parmi les obstacles identifiés, figurent une vulgarisation insuffisante des dispositifs et mesures nouvelles, l’absence de plans d’implémentation et de recouvrement adaptés, ainsi qu’une maîtrise parfois limitée des procédures administratives et financières régissant l’ordonnancement, le recouvrement et le suivi de ces fonds.
C’est précisément pour remédier à ces défaillances que le séminaire de vulgarisation, de sensibilisation et de formation s’adresse directement aux acteurs en charge du recouvrement des recettes non fiscales, dans le but de mieux les outiller pour optimiser la mobilisation des ressources nouvellement inscrites dans la Loi des Finances 2026 et de celles dont la collecte est perfectible.
La nécessité d’une mobilisation active
La déclaration du gouverneur Naseri Paul Bea, soulignant la situation, a mis en lumière l’enjeu : « Il y a des activités que nous faisons depuis un certain temps qui n’étaient pas budgétisées et si oui, mal collectées. Il est question que toutes ces recettes soient recouvrées et les régisseurs de ces recettes ont été nommés dans les différentes administrations. Il s’agit de se mettre au travail et permettre à l’État de relever le défi qui l’attend… ». Cette prise de parole illustre la nécessité d’une transition vers une gestion rigoureuse et systématique de toutes les sources de revenus, y compris celles qui étaient auparavant négligées ou mal gérées.
L’idée est donc d’assurer une sensibilisation et une formation approfondies des responsables impliqués dans le suivi quotidien des recettes non fiscales. Il s’agit de leur faire saisir l’importance de ces recettes dans le financement du budget de l’État, d’autant plus que les recettes fiscales et douanières connaissent des perturbations dues aux crises multiples.
Redéfinir les Recettes Non Fiscales : un gisement stratégique
Les recettes non fiscales sont définies comme l’ensemble des ressources générées par les services que l’État rend à ses usagers. Il ne s’agit pas d’impôts au sens strict, mais de prélèvements obligatoires offrant une contrepartie directe sous la forme d’un service attendu. C’est pourquoi elles sont souvent qualifiées de « recettes de services ». Ces services qui émanent de diverses administrations sectorielles, sont émis par des ordonnateurs, et recouvrés par les comptables publics. La Direction Générale du Budget intervient principalement dans la régulation, le suivi et la compilation de ces ressources au sein du ministère des Finances.
L’Inspecteur des régies financières, Alexis Moïse Kamanda, en service à la DGB, a précisé l’importance de cette démarche : « les recettes fiscales se sont amenuisées à cause des multiples crises. Pareil pour les recettes douanières. Il reste aujourd’hui un gisement énorme que représentent les services que les administrations rendent aux usagers et que nous appelons vulgairement recettes non fiscales. Nous sensibilisons les principaux acteurs en charge de l’émission des dites recettes au quotidien sur l’importance d’optimiser ces ressources, le respect des procédures y relatives et surtout les sanctions encourues en cas de négligence. La loi portant régime financier de l’État a prévu à la fois les principes et des sanctions pour les contrevenants. Nous voulons aujourd’hui plus que par le passé impliquer les Contrôleurs financiers dans la régulation non seulement des dépenses mais aussi des opérations liées aux recettes. »
Vers une culture de la performance et de la conformité
Les échanges qui ont rassemblé Ordonnateurs (responsables de l’émission des recettes), les Contrôleurs financiers (garants de la régularité des actes), et les Comptables publics (charge du recouvrement), ont mis l’’accent sur la nécessité de respecter scrupuleusement les procédures et d’être conscient des sanctions potentielles en cas de manquement. L’implication accrue des Contrôleurs financiers dans la régulation des opérations liées aux recettes, au même titre que celle des dépenses, est une nouveauté significative visant à renforcer l’intégrité du processus.
Si les stratégies mises en œuvre au cours de ce séminaire portent leurs fruits, le Cameroun pourrait réaliser une performance remarquable, atteignant potentiellement ou dépassant les 600 milliards de FCFA en recouvrement sur les recettes non fiscales. Cette amélioration représenterait un apport financier substantiel, offrant à l’État de nouvelles marges de financement des programmes de développement et répondre aux besoins des citoyens, consolidant ainsi sa stabilité financière dans un environnement économique mondial incertain.
Com DGB